Rybinsk_3
Le directeur de l’Usine de machines de travaux publics (UMTP), Pavel Kouznetsov, raconte comment son entreprise, créée il y a un peu moins de vingt ans, est devenue l’un des principaux producteurs de Russie.

– Racontez-nous comment votre entreprise, destinée initialement à faire seulement de la maintenance, est parvenue à fabriquer des quantités importantes de machines.

« Nous, c’est-à-dire un groupe d’ingénieurs de l’usine Raskat, sommes passés peu à peu à la production de pièces détachées, puis à celle de rouleaux compresseurs et autres engins, tels les niveleuses à transmission hydraulique ou mécanique, les chariots élévateurs, les déneigeuses (la majorité de celles de Moscou et de sa région viennent de chez nous). »

– Qui fait les plans des nouveaux matériels ?

« Notre entreprise a son propre bureau d’études, qui crée tous nos modèles. Cela ne nous empêche pas, bien sûr, de voir ce qui se fait ailleurs dans le monde, et en particulier dans l’usine Raskat. Je crois que c’est une bonne façon de procéder. »

– Vous fabriquez vous-mêmes les composants nécessaires ?

« Les machines complexes sont toujours constituées de sous-ensembles. Nous nous en procurons certains auprès de fournisseurs mondiaux. Par exemple, pour les trains épicycloïdaux et les roulements, nous nous adressons toujours aux fabricants italiens. »

– Les sanctions ne vous gênent pas pour travailler avec les grands groupes mondiaux ?

«  Ils n’y pensent même pas. Il arrive que, lors d’une discussion sur une question toute simple, on nous demande brusquement : « c’est bien sûr que vous ne travaillez pas pour la défense nationale ? » Mais, en général, en Europe, la politique n’interfère guère avec le business. »

– Quels sont vos volumes de production ?

« Nous sortons entre 12 et 20 engins par mois. Si nous comparons avec la période d’avant la crise, nous constatons une baisse, mais nous voyons la possibilité d’accroître les volumes l’année prochaine, d’une part parce que plusieurs fabricants russes ne se sont toujours pas remis du choc de la crise, mais aussi parce que la chute du rouble améliore notre compétitivité à l’étranger.

Actuellement s’ouvrent à nous de nouveaux marchés, comme dans le cas du Kazakhstan. Avant la crise, ce pays n’achetait pas du tout de niveleuses russes ; cette année, notre entreprise lui en livre déjà dix, et nous prévoyons l’an prochain de porter ce chiffre à 50.

– Vous participez régulièrement aux expositions internationales d’engins de travaux publics. Rien que cette année, l’UMTP a livré des machines à la Biélorussie et deux fois à l’Inde. Vous envisagez d’inonder le marché mondial ?

« Inonder est un bien grand mot, mais il est vrai que nous recherchons activement des sociétés susceptibles de représenter nos intérêts en Inde et au Bangladesh. Car il ne suffit pas de vendre une machine prise isolément, mais aussi de trouver un partenaire pour la commercialisation de nos machines. »

– Les usines soviétiques imprimaient des cartes du monde avec des flèches indiquant les pays qui se fournissaient auprès d’elles. Est-ce qu’il y aurait beaucoup de flèches sur vos cartes ?

« Pas vraiment. Nous avons passé beaucoup de temps à chercher des débouchés à l’étranger, mais à l’époque, avec le cours du rouble et des prix d’alors, nous n’étions absolument pas compétitifs. Nos efforts portaient avant tout un caractère exploratoire, de peu d’efficacité. C’est l’an dernier seulement, quand apparurent des possibilités d’accès au marché mondial, que nous avons commencé à travailler sérieusement en ce sens. Nous sommes actuellement en pourparlers avec l’Iran, le Pakistan, l’Algérie, nous nous plaçons sur les marchés de Biélorussie, du Kazakhstan, de l’Azerbaïdjan, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan. »

– Et si les prix du pétrole et du gaz remontent ?

« Si le pétrole repart et perturbe l’équilibre de l’économie, les constructions mécaniques en pâtiront et on pourra s’attendre à une nouvelle aggravation de la crise. »

– Comment vous sentez-vous sur le marché intérieur ?

« Là aussi de vastes perspectives s’ouvrent, et nous nous fixons l’objectif de créer un réseau de concessionnaires dans toute la Russie, avec un représentant dans chaque région. »

– En moins de quinze ans, vous avez pratiquement créé et équipé une nouvelle usine. Comment y êtes-vous arrivés ?

« La tâche n’a pas été facile, et elle n’est pas encore terminée. Avec les fluctuations du cours des devises et les risques de change qu’elles entraînent, nous ne pouvons nous payer le luxe d’acquérir des équipements chers en leasing. Aussi nous achetons des machines-outils d’occasion encore en bon état, et nous les modernisons. »

– Combien employez-vous de personnel et comment le payez-vous ?

« Nos effectifs sont actuellement d’environ 150 employés, et le salaire moyen tourne autour de 20 000 roubles [soit environ 280 euros]. Nous avons du mal à embaucher des cadres. Toutes les fois que nous cherchons à franchir une nouvelle étape de notre développement, nous devons chercher des candidats ; je passe moi-même des coups de fil aux gens qui ont publié leur CV sur leur site. Actuellement, il nous faut des ingénieurs, des projeteurs, des experts en procédés, des ajusteurs, des conducteurs de machines-outils, nous nous démenons en ce moment pour trouver un conducteur de cintreuse. Nous sommes tout disposés à embaucher des apprentis. »

– Pourquoi ne vous adressez-vous pas aux personnels de Raskat ?

« Ceux qui y travaillent encore sont très attachés à leur entreprise, et celle-ci peut en être fière. »

– Ne pensez-vous pas absorber Raskat ?

« Notre intérêt est que Raskat soit prospère, car la concurrence est toujours une garantie de progrès. Mais actuellement, nous avons les yeux fixés sur les grands groupes mondiaux, nous envisageons de leur arracher le marché russe. »


Auteur: Non Indiqué.

Traduit du russe par Robert Giraud.

Source: « Новый завод на карте Рыбинска ».

Publié dans Rybinskie Novosti le 20 octobre 2016.

Source Photo: Wikipédia.

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