Ekaterina Sorokina, climatologue
Ekaterina Sorokina Climatologue, spécialiste des climats continentaux et du permafrost — Krasnoïarsk

Ekaterina Sorokina étudie depuis dix-huit ans les climats extrêmes de la Russie, des records de froid de Iakoutie au permafrost qui fond sous les villes sibériennes.

La Russie est un pays de contrastes, d’immensités et de climats extrêmes. De l’Arctique gelé aux plages subtropicales de la mer Noire, en passant par les steppes arides et la taïga infinie, comprendre les nuances climatiques de ce géant eurasien est essentiel pour appréhender sa géographie, son histoire et le quotidien de ses habitants. Pour démêler les idées reçues et explorer la réalité scientifique derrière les clichés, nous avons eu le privilège de nous entretenir avec Ekaterina Sorokina, une climatologue de renom basée à Krasnoïarsk, au cœur de la Sibérie.

C’est depuis son bureau, avec une vue imprenable sur le Ienisseï, qu’Ekaterina Sorokina nous a accueillis virtuellement. Son expertise, forgée par dix-huit années de recherches sur le terrain, notamment sur le permafrost et les climats continentaux, offre une perspective unique sur les défis et les adaptations liés aux conditions météorologiques extrêmes qui caractérisent une grande partie de la Russie. Cet entretien nous plonge au cœur des réalités climatiques russes, loin des simplifications, pour une compréhension plus fine et plus humaine.

La Russie, un continent climatique

Sophie Renard : Ekaterina, merci de nous accorder votre temps. Pour commencer, la Russie est souvent perçue comme un pays uniformément froid. Pourriez-vous nous éclairer sur l'incroyable diversité des climats que l'on rencontre sur ce vaste territoire, qui s'étend sur onze fuseaux horaires ?
Ekaterina Sorokina : Sophie, c'est un plaisir d'échanger avec vous. La perception d'une Russie uniformément froide est compréhensible, surtout quand on pense à la Sibérie, mais elle est loin de la réalité. Notre pays est un véritable continent à lui seul, et cette immensité géographique, combinée à son étendue latitudinale et à la présence de vastes masses continentales, génère une mosaïque de climats. Du nord au sud et d'ouest en est, les variations sont stupéfiantes. Nous passons des climats polaires et subpolaires de l'Arctique et de la toundra, caractérisés par des hivers longs et rigoureux et des étés courts et frais, aux climats tempérés continentaux de la Russie européenne et de la Sibérie occidentale, avec des saisons plus marquées et des étés qui peuvent être étonnamment chauds.

Plus au sud, le long de la mer Noire, nous trouvons même une mince bande côtière au climat subtropical humide, notamment autour de Sotchi, où l’on peut se baigner en été et où les palmiers sont monnaie courante. C’est un contraste saisissant avec les régions arctiques. À l’est, l’Extrême-Orient russe est influencé par les moussons, ce qui lui confère des caractéristiques climatiques très différentes de l’intérieur du continent. La topographie joue également un rôle, avec les chaînes de montagnes comme le Caucase ou les monts de Sibérie orientale qui créent des microclimats distincts. C’est d’ailleurs cette diversité qui pousse tant de curieux à voyager dans le Grand Nord sibérien : on n’y trouve pas un climat, mais une succession de mondes.

Cette diversité est fondamentale pour comprendre la Russie. Elle influence tout, de l’agriculture à l’urbanisme, en passant par les modes de vie et la distribution de la population. Les onze fuseaux horaires ne sont pas seulement une question de temps, ils sont le reflet de cette gigantesque étendue qui embrasse des zones climatiques très différentes, chacune avec ses défis et ses beautés propres. C’est une erreur de vouloir résumer la Russie à un seul type de climat.

Ce froid continental façonne en profondeur la Sibérie et ses territoires immenses, où l’éloignement des océans pousse les températures à leurs extrêmes.

Sophie Renard : Cette notion de « continentalité » est donc centrale pour comprendre les climats russes. Pouvez-vous nous expliquer ce qu'elle implique concrètement et pourquoi elle est si prégnante dans le paysage climatique de la Russie ?
Ekaterina Sorokina : Absolument, la continentalité est la clé de voûte de notre climat. Elle désigne l'influence prépondérante des masses terrestres sur les conditions météorologiques, par opposition à l'influence océanique. En Russie, étant donné l'éloignement des océans pour une grande partie du territoire, cette influence continentale est maximale. Concrètement, cela se traduit par des amplitudes thermiques annuelles et journalières très élevées. Les terres se réchauffent et se refroidissent beaucoup plus vite que les océans.

Ainsi, en hiver, l’absence de l’effet modérateur des océans permet aux températures de chuter drastiquement, créant des hivers extrêmement froids et secs, souvent sous l’influence de l’anticyclone sibérien. Inversement, en été, ces mêmes terres peuvent emmagasiner une grande quantité de chaleur, entraînant des étés courts mais très chauds, parfois même caniculaires dans certaines régions. C’est pourquoi, à Iakoutsk, par exemple, on peut enregistrer des températures de -50 °C en hiver et de +30 °C en été. Ces variations extrêmes sont la signature de la continentalité.

Cette caractéristique a des implications profondes. Elle rend l’agriculture plus difficile, nécessitant des cultures adaptées aux cycles courts et aux gelées tardives ou précoces. Elle impose également des contraintes considérables sur les infrastructures, qui doivent résister à ces alternances de gel et de dégel. Pour les habitants, cela signifie une adaptation constante, tant dans l’habillement que dans la construction des logements. La continentalité n’est pas qu’un concept géographique ; c’est une force omniprésente qui façonne le quotidien et le paysage de la majeure partie de la Russie.

Les extrêmes du froid et le permafrost

Sophie Renard : Quand on évoque les climats russes, on pense inévitablement aux records de froid. Oïmiakon et Verkhoïansk sont des noms qui résonnent comme des symboles du froid extrême. Pouvez-vous nous parler de ces lieux et des conditions qui y règnent, notamment ce fameux record de -67,7 °C à Oïmiakon en 1933 ?
Ekaterina Sorokina : Oïmiakon et Verkhoïansk sont en effet les "pôles du froid" de l'hémisphère Nord, des lieux où les températures atteignent des niveaux que l'on peine à imaginer. Le record de -67,7 °C enregistré à Oïmiakon en 1933, bien que souvent cité, est même dépassé par des relevés non officiels qui atteignent -71,2 °C. Ce sont des chiffres qui donnent le vertige. Ces villages se situent en Iakoutie, une région de Sibérie orientale où la continentalité est poussée à son paroxysme.

La raison de ces froids extrêmes réside dans une combinaison de facteurs. Premièrement, leur latitude élevée les expose à des hivers avec très peu de lumière solaire. Deuxièmement, et c’est le plus important, ils sont situés dans des vallées encaissées. L’air froid, plus dense, s’accumule et stagne dans ces dépressions, créant des “lacs d’air froid” où les températures peuvent chuter sans limite apparente, surtout sous l’influence de l’anticyclone sibérien. Cet anticyclone est une vaste masse d’air froid et sec qui se forme sur la Sibérie en hiver, apportant un ciel clair, sans nuages pour retenir la chaleur, et des températures glaciales.

Vivre dans ces conditions exige une résilience et une adaptation extraordinaires. Tout est affecté : les véhicules ont besoin de chauffages spéciaux, les canalisations sont enterrées très profondément ou chauffées, et les bâtiments sont conçus pour isoler au maximum. Même la respiration de l’air à ces températures extrêmes peut être douloureuse et dangereuse pour les poumons. C’est un environnement où la nature impose ses règles les plus strictes, mais où l’ingéniosité humaine a trouvé le moyen de subsister et même de prospérer.

Sophie Renard : Ces températures glaciales sont intrinsèquement liées au permafrost, ce sol gelé en permanence qui couvre une part immense du territoire russe. Quels sont les enjeux actuels liés à ce permafrost, notamment sa fonte, et comment cela affecte-t-il les villes comme Iakoutsk ou Norilsk, souvent bâties sur pilotis ?
Ekaterina Sorokina : Le permafrost, ou pergélisol, est en effet un élément déterminant de notre géographie climatique. Il couvre environ 65 % du territoire russe, principalement en Sibérie et dans l'Extrême-Orient. C'est un sol qui reste gelé en permanence pendant au moins deux années consécutives, mais souvent depuis des millénaires. Il agit comme un ciment naturel qui stabilise les sols et permet la construction d'infrastructures dans des environnements par ailleurs très instables.

Le problème majeur actuel est sa fonte, accélérée par le réchauffement climatique. Lorsque le permafrost fond, le sol perd sa cohésion et devient instable. Pour les villes comme Iakoutsk, Norilsk, ou de nombreuses autres implantations sibériennes, cela représente une menace existentielle. Ces villes sont souvent construites sur pilotis, justement pour éviter que la chaleur des bâtiments ne fasse fondre le permafrost sous leurs fondations. Mais avec le réchauffement global, même ces précautions ne suffisent plus toujours. Les pilotis peuvent s’enfoncer, les bâtiments se fissurer, voire s’effondrer. Les routes et les voies ferrées se déforment, les pipelines se rompent. C’est une catastrophe silencieuse mais omniprésente.

Village sibérien sous un froid extrême, fumée des cheminées et givre

Au-delà des infrastructures, la fonte du permafrost a des implications écologiques mondiales. Il contient d’énormes quantités de matière organique, et en dégelant, il libère des gaz à effet de serre puissants comme le dioxyde de carbone et surtout le méthane, créant une boucle de rétroaction positive qui accélère encore le réchauffement climatique. C’est un défi immense, tant pour les communautés locales qui voient leur environnement de vie se dégrader que pour la planète entière. Nous sommes à la pointe de cette transformation et nous devons y faire face avec urgence et innovation.

Au-delà des clichés : la diversité régionale

Sophie Renard : En parlant de diversité, la Russie ne se résume pas à la Sibérie. Quelles sont les grandes différences climatiques que l'on peut observer entre la Sibérie, le Caucase et l'Extrême-Orient russe, et comment ces distinctions façonnent-elles les paysages et les modes de vie ?
Ekaterina Sorokina : C'est une excellente question qui permet de briser le cliché d'une Russie monolithique. Les trois régions que vous mentionnez sont des mondes climatiques à part entière. La Sibérie, comme nous l'avons évoqué, est le bastion de la continentalité extrême, caractérisée par des hivers longs, très froids et secs, et des étés courts mais chauds. C'est le domaine de la taïga et de la toundra, avec des paysages dominés par les forêts de conifères et les vastes étendues gelées. La vie y est une lutte constante contre le froid, mais aussi une adaptation ingénieuse à un environnement riche en ressources naturelles.

Le Caucase russe, en revanche, est un tout autre chapitre. Situé au sud-ouest du pays, il bénéficie de l’influence de la mer Noire et de la protection des montagnes du Caucase. Sur sa côte, autour de Sotchi, le climat est subtropical humide, avec des hivers doux et pluvieux et des étés chauds et ensoleillés. C’est une région de villégiature, avec une végétation luxuriante, des plantations de thé et d’agrumes. Plus haut dans les montagnes, le climat devient alpin, avec des neiges éternelles et des glaciers. Les modes de vie y sont très différents, plus axés sur l’agriculture et le tourisme, avec une culture montagnarde distinctive.

Quant à l’Extrême-Orient russe, il est unique en raison de son exposition à l’océan Pacifique et à l’influence des moussons asiatiques. Les hivers y sont froids et secs, mais généralement moins extrêmes qu’en Sibérie, tandis que les étés sont chauds et humides, avec des pluies abondantes. Cette région, avec ses forêts mixtes, ses rivières poissonneuses et sa biodiversité unique, est un carrefour entre l’Asie et l’Arctique. Les habitants y sont habitués à des étés pluvieux et des hivers rigoureux, mais avec des nuances distinctes par rapport au cœur du continent.

Vivre à -60 °C n’a rien d’abstrait pour les Iakoutes, peuple du cheval et du froid, dont la culture s’est entièrement adaptée à ces conditions extrêmes. Cette diversité de climats dessine autant de mondes à part, que l’on découvre en parcourant les régions de Russie à connaître, du Pacifique au Caucase.

Sophie Renard : Vous mentionnez l'Extrême-Orient et les moussons. Pourriez-vous nous en dire plus sur le climat de Vladivostok, par exemple, qui est si différent de l'image que l'on peut avoir de la Russie ? C'est un climat de mousson, n'est-ce pas ?
Ekaterina Sorokina : Oui, absolument. Vladivostok, la perle de l'Extrême-Orient, offre un excellent exemple de cette diversité. Son climat est effectivement de type mousson, ce qui est assez inattendu pour beaucoup qui n'associent pas ce terme à la Russie. En hiver, la ville est sous l'influence de l'anticyclone sibérien, ce qui lui confère des hivers froids, secs et ensoleillés, avec des températures moyennes inférieures à zéro, mais rarement aussi extrêmes que celles de la Sibérie centrale. La mer de Japon gèle partiellement, et les vents froids venant de la Sibérie soufflent sur la ville.

Cependant, l’été est une tout autre histoire. De juin à septembre, Vladivostok est sous l’influence de la mousson d’été du Pacifique. Cela signifie des étés chauds et humides, avec des précipitations importantes, souvent sous forme d’averses intenses et d’orages. L’humidité est élevée, et les températures peuvent atteindre 25-30 °C. C’est une période de croissance luxuriante pour la végétation. Cette alternance entre un hiver continental sec et un été océanique humide est la signature du climat de mousson, le distinguant radicalement des climats hypercontinentaux de l’intérieur du pays.

Cette particularité climatique façonne le paysage urbain et la vie quotidienne. Les habitants sont habitués à des étés verts et pluvieux, et à des hivers où le froid sec est souvent accompagné de vues magnifiques sur la glace. C’est une ville portuaire dynamique, ouverte sur l’Asie-Pacifique, et son climat reflète cette position unique, offrant un visage de la Russie bien éloigné des steppes gelées ou des déserts de neige.

Sophie Renard : Le réchauffement climatique est une préoccupation mondiale. Comment se manifeste-t-il en Russie, et quelles sont les régions les plus touchées, ainsi que les conséquences les plus visibles ou les plus préoccupantes, notamment pour l'agriculture et les écosystèmes arctiques ?
Ekaterina Sorokina : Le réchauffement climatique est une réalité très palpable en Russie, et il se manifeste de manière accélérée, en particulier dans les régions arctiques et subarctiques. La Russie se réchauffe en moyenne deux à trois fois plus vite que le reste du monde. Les conséquences sont multiples et souvent dramatiques. La plus visible, et dont nous avons déjà parlé, est la fonte du permafrost. Cela menace non seulement les infrastructures, mais libère aussi d'énormes quantités de gaz à effet de serre, créant une boucle de rétroaction dangereuse.

En Arctique, la fonte de la banquise estivale ouvre de nouvelles routes maritimes, mais elle détruit aussi l’habitat de nombreuses espèces, comme les ours polaires et les phoques. Les écosystèmes de la toundra sont également transformés, avec l’avancée de la forêt boréale vers le nord, modifiant la biodiversité et les ressources traditionnelles des populations autochtones. Sur le plan agricole, le réchauffement peut sembler offrir de nouvelles opportunités en étendant les zones cultivables vers le nord, mais il s’accompagne aussi d’une augmentation des événements météorologiques extrêmes : sécheresses, inondations, vagues de chaleur et gelées tardives imprévisibles, ce qui rend l’agriculture plus incertaine et vulnérable.

Les forêts, qui sont un puits de carbone crucial, sont de plus en plus sujettes aux incendies de forêt, notamment en Sibérie, avec des conséquences dévastatrices sur l’environnement et la qualité de l’air. Le long des côtes, l’élévation du niveau de la mer menace les zones de basse altitude. C’est un défi immense pour la Russie, qui doit à la fois s’adapter à ces changements inéluctables et contribuer aux efforts mondiaux de réduction des émissions.

Vivre et s’adapter aux climats russes

Sophie Renard : Vivre dans ces conditions extrêmes, notamment le froid sibérien, demande une adaptation particulière. Comment les habitants des régions les plus froides de Russie s'organisent-ils au quotidien pour faire face à ces températures polaires ? Quels sont les secrets de leur résilience ?
Ekaterina Sorokina : L'adaptation au froid extrême est une véritable science de la survie et de la résilience, transmise de génération en génération. Le secret réside dans une combinaison de technologies traditionnelles et modernes, et surtout dans un état d'esprit. D'abord, l'habillement est primordial. On ne sort jamais sans plusieurs couches de vêtements, souvent en laine, en fourrure naturelle ou en matériaux techniques isolants. Les vêtements extérieurs sont épais et coupe-vent, et les chaussures sont spécialement conçues pour l'isolation, souvent fourrées et à semelles épaisses. Les mains et la tête sont toujours protégées.

Ensuite, l’habitat est crucial. Les maisons sont construites avec des murs très épais, des fenêtres à triple vitrage et des systèmes de chauffage centraux puissants, souvent connectés à des réseaux de chaleur urbains. Les entrées sont conçues pour minimiser la perte de chaleur, avec des sas et des doubles portes. Les garages sont chauffés, et les voitures restent souvent en marche au ralenti toute la nuit par grand froid pour éviter que le moteur ne gèle. Les canalisations d’eau et de gaz sont enterrées très profondément ou isolées et chauffées pour éviter le gel.

Enfin, il y a l’adaptation sociale et culturelle. Les écoles et les entreprises ajustent leurs horaires en fonction des températures extrêmes ; les jours de grand froid, les enfants ne vont pas à l’école. La nourriture est souvent riche en graisses et en calories pour fournir l’énergie nécessaire au maintien de la température corporelle. C’est une vie où l’anticipation et la préparation sont constantes, où chaque geste est pensé en fonction du climat. Mais paradoxalement, les habitants de ces régions apprécient souvent la beauté et la pureté de ces hivers, et développent une grande force de caractère face à ces défis.

Sol de permafrost craquelé et toundra gelée à perte de vue

Ces conditions climatiques conditionnent la vie dans les grandes villes de Sibérie, où l’urbanisme et le chauffage sont pensés pour l’hiver continental.

Sophie Renard : Pour conclure, si vous deviez esquisser l'avenir climatique des régions russes à l'horizon des prochaines décennies, quels seraient les principaux défis et, peut-être, les opportunités qui se profilent ?
Ekaterina Sorokina : L'avenir climatique de la Russie est complexe et incertain, mais certaines tendances sont claires. Le principal défi restera l'accélération du réchauffement, particulièrement en Arctique. Cela signifie une fonte continue du permafrost, avec des conséquences économiques et environnementales majeures : déstabilisation des infrastructures, augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et transformation des écosystèmes. La gestion des risques liés aux catastrophes naturelles, comme les inondations dues à la fonte des neiges ou les incendies de forêt, deviendra également une priorité croissante.

Sur le plan social, les populations devront s’adapter à des changements rapides, qu’il s’agisse de l’évolution des ressources naturelles traditionnelles ou de la nécessité de renforcer les infrastructures existantes. Les migrations internes, dues à l’inhabitabilité de certaines zones ou à la recherche de nouvelles opportunités, pourraient également devenir un enjeu.

Cependant, il y a aussi des opportunités, bien que souvent accompagnées de leurs propres défis. L’ouverture de la Route maritime du Nord, rendue possible par la fonte de la banquise, pourrait stimuler le commerce et le développement économique des régions arctiques, même si cela soulève des questions environnementales et géopolitiques complexes. L’extension potentielle des zones agricoles vers le nord pourrait offrir de nouvelles perspectives pour l’alimentation, à condition de développer des pratiques résilientes face aux variations climatiques. Enfin, la nécessité d’innover pour s’adapter créera de nouvelles industries et de nouvelles expertises, faisant de la Russie un acteur clé dans la recherche et le développement de solutions face au changement climatique. C’est un avenir qui exigera une grande flexibilité et une volonté forte d’adaptation.

Questions rapides : les idées reçues

Affirmation — La Russie est toujours froide, même en été. — Faux : De nombreuses régions, notamment en Sibérie continentale, connaissent des étés courts mais très chauds, avec des températures dépassant régulièrement les 30 °C. La côte de la mer Noire est même subtropicale.

Affirmation — Le permafrost ne concerne que l’extrême nord de la Sibérie. — Faux : Le permafrost couvre environ 65 % du territoire russe, s’étendant bien au-delà de l’extrême nord, jusque dans des régions comme la Iakoutie centrale et l’Extrême-Orient.

Affirmation — Le réchauffement climatique est globalement bénéfique pour la Russie, ouvrant de nouvelles terres cultivables et des routes maritimes. — Faux : Si certaines opportunités émergent (routes maritimes), les défis sont considérables et majoritaires : fonte du permafrost, intensification des catastrophes naturelles (incendies, inondations), bouleversement des écosystèmes et risques pour la biodiversité.

Affirmation — Tous les hivers russes sont caractérisés par une neige abondante. — Faux : Si certaines régions reçoivent beaucoup de neige, les climats continentaux extrêmes, notamment en Sibérie orientale sous l’influence de l’anticyclone sibérien, sont souvent très secs en hiver, avec des précipitations neigeuses relativement faibles malgré des froids intenses.

Affirmation — La Sibérie est un paysage uniforme de taïga et de toundra. — Faux : La Sibérie est incroyablement diverse, avec des régions de steppes au sud, des forêts mixtes, des chaînes de montagnes, des zones humides et des lacs, en plus des vastes étendues de taïga et de toundra.

En résumé : les trois choses à retenir

Ekaterina Sorokina : Pour résumer les points essentiels de notre discussion sur les climats russes, je voudrais souligner trois aspects cruciaux :

La continentalité s’accentue à mesure que l’on franchit la frontière entre l’Europe et l’Asie, en s’enfonçant vers l’est du pays.

  1. La Russie n’est pas un climat, mais une mosaïque climatique : Loin de l’image monolithique, la Russie présente une diversité climatique stupéfiante, allant du subtropical au polaire, en passant par l’hypercontinental et le mousson. Cette immensité, couplée à l’influence de la continentalité, génère des amplitudes thermiques extrêmes et des paysages variés, façonnant des modes de vie et des défis uniques pour chaque région, de Sotchi à Oïmiakon.
  2. Le permafrost est le pilier et le talon d’Achille de la Sibérie : Le sol gelé en permanence est un élément fondamental de notre géographie, soutenant villes et infrastructures sur 65 % du territoire. Cependant, sa fonte accélérée sous l’effet du réchauffement climatique représente une menace existentielle pour ces régions, déstabilisant les bâtiments, libérant des gaz à effet de serre et transformant profondément les écosystèmes.
  3. L’adaptation et la résilience sont au cœur de la vie russe : Face à des conditions climatiques souvent extrêmes, les habitants de Russie ont développé une ingéniosité et une résilience remarquables. Que ce soit par l’habillement, l’habitat ou l’organisation sociale, chaque aspect de la vie est pensé pour faire face au climat. L’avenir exige encore plus d’adaptabilité pour gérer les défis du réchauffement climatique, tout en cherchant des opportunités dans ce paysage en mutation rapide.