Le fleuve Don, en Russie, est l’un des grands cours d’eau du sud du pays : environ 1 870 kilomètres de sa source près de Toula à son delta sur la mer d’Azov, et 422 000 km² de bassin versant à cheval entre forêt, steppe et semi-désert. Longtemps frontière entre la Russie moscovite et la steppe nomade, axe des marchands puis des cosaques, le Don reste aujourd’hui une artère économique : il arrose Rostov-sur-le-Don, alimente l’irrigation des champs et se relie à la Volga par le célèbre canal inauguré en 1952.
Le cours du Don : de Toula à la mer d’Azov
Le Don naît modestement dans les collines boisées de l’oblast de Toula, à quelques dizaines de kilomètres de sa voisine la Volga — les deux fleuves prennent leurs sources presque à portée de vue, séparées par le modeste portage que franchira le canal Volga-Don. Sa jeunesse est celle d’une rivière de plaine : largeur faible, méandres, forêts de bouleaux et champs de betteraves.
Le cours se découpe en trois segments distincts :
- Le Don supérieur (Toula → Voronej) : un cours tranquille dans la Russie européenne, entouré de terres agricoles et de petites villes industrielles.
- Le Don moyen (Voronej → Tsimliansk) : le fleuve s’élargit, traverse la steppe et franchit les gorges de la grande boucle du Don, un site naturel spectaculaire proche de la ville de Pavlovsk.
- Le Don inférieur (Tsimliansk → mer d’Azov) : régulé par les barrages en cascade, bordé de rizières et de vergers, le fleuve s’élargit fortement avant de se diviser en bras dans le delta, à l’est de Rostov-sur-le-Don.
Il se jette dans la mer d’Azov, elle-même ouverte sur la mer Noire : le Don appartient donc au bassin atlantique, à la différence de la Volga, qui aboutit à la mer Caspienne fermée. Pour situer ce fleuve parmi les grands cours d’eau du pays, notre panorama hydrologique des fleuves de Russie propose un comparatif complet des longueurs, débits et bassins versants.
Le bassin versant du Don et ses affluents
Avec ses 422 000 km², le bassin du Don draine une frise du sud russe qui va des collines centrales jusqu’aux rives de la Caspienne via son affluent le Manytch. Les principaux affluents se répartissent ainsi :
| Affluent | Rive | Longueur | Particularité |
|---|---|---|---|
| Donets | Droite | 1 053 km | Traverse l’Ukraine orientale avant de rejoindre le Don |
| Khoper | Gauche | 979 km | Steppe et forêts-galeries, bassin agricole |
| Sal | Droite | 798 km | Cours steppique, apports irréguliers |
| Medveditsa | Gauche | 745 km | Colline de Volsk à l’embouchure près de Volgograd |
| Manytch | Gauche | 420 km | Alimente le lac endoréique Manytch-Goudilo, près de la Caspienne |
| Voronej | Droite | 342 km | Traverse la ville du même nom |
| Osered | Gauche | 89 km | Affluent de plaine, réserve naturelle dans son cours inférieur |
Cette hiérarchie explique le visage contrasté du Don : les affluents de rive gauche, plus arrosés, l’alimentent en eaux de fonte et de pluie ; ceux de rive droite, steppiques ou semi-arides, apportent des crues violentes mais brèves. Le régime du Don est dit « nival-pluvial de steppe » : hautes eaux au printemps, étiage long et profond en été.
Rostov-sur-le-Don, porte du fleuve
Avec environ 1,1 million d’habitants, Rostov-sur-le-Don est la capitale économique du sud russe et la grande ville du Don. Fondée au XVIIIe siècle comme avant-poste douanier — son nom complet était « Rostov de lois » (Rostov-donskoi) pour la distinguer de la Rostov la Grande, près de Moscou — elle est devenue un carrefour de routes, de chemins de fer et de voies d’eau.
Le port fluvial de Rostov, actif de l’ouverture à la fermeture de la navigation — d’avril à décembre selon les hivers —, traite céréales, engrais, métaux et conteneurs. En aval de la ville, le delta du Don s’ouvre sur la mer d’Azov : pêche, marais salants et tourisme balnéaire s’y côtoient, tandis que les bras du fleuve servent de refuge à une faune d’eau douce remarquable. Rostov-sur-le-Don est aussi, depuis le XIXe siècle, une ville de culture — théâtres, marchés, gastronomie du sud — qui se revendique « porte du Caucase » par sa position entre la steppe et les premières montagnes.

Un fleuve dans l’histoire russe
Le Don a été pendant des siècles une frontière. Au-delà s’étendait la steppe, domaine des peuples nomades — Khazars, Polovtsi, Mongols de la Horde d’Or —, et le fleuve servait de ligne avancée de la Moscovie médiévale. La chronique le mentionne dès le IXe siècle sous le nom de Tanays, hérité du fleuve Tanaïs antique identifié par les Grecs.
À partir du XVIe siècle, le Don devient un espace de liberté relative : les cosaques du Don, communautés de cavaliers vivant de pêche, de chasse et de service militaire, établissent leurs stanitsas le long du fleuve et de ses affluents. Les marchands y transitent ensuite : au XIXe siècle, les convois de sel, de blé et de poisson descendent le Don vers Azov et Taganrog, tandis que le caviar d’esturgeon du delta alimente les tables d’Europe. Cette histoire cosaque, qui déborde le cadre de ce portrait, fait l’objet d’un article dédié aux Cosaques du Don et du Kouban : ethnographie, mémoire et renaissance identitaire y sont traitées en détail.
Barrages en cascade et aménagements soviétiques
Le visage moderne du Don est l’œuvre de l’ingénierie soviétique. L’aménagement majeur est le barrage de Tsimliansk (1952), qui a créé un réservoir de 2 700 km² — l’un des plus vastes d’Europe — destiné à l’irrigation de la steppe, à l’hydroélectricité et à la régulation du cours. En aval, plusieurs ouvrages en cascade et leurs écluses rendent la navigation possible jusqu’à la mer d’Azov.
Le point d’orgue de ces aménagements est le canal Volga-Don, inauguré la même année 1952 : 101 kilomètres et 13 écluses pour franchir un dénivelé de près de 90 mètres entre les deux bassins, reliant les deux mers — Caspienne et Noire — et faisant du Don un maillon de la voie navigable unissant Moscou à l’océan Atlantique via la Volga et les canaux européens. L’histoire de cet ouvrage, de ses chantiers pénitentiaires et de sa navigation, mérite à elle seule la lecture de notre article sur le canal Volga-Don.

Le Don aujourd’hui : navigation, irrigation et écologie
Le Don reste un fleuve utile. Son eau irrigue plus d’un million d’hectares de terres agricoles du sud russe — blé, tournesol, riz, melons — et alimente les villes de Rostov-sur-le-Don, Volgograd et Voronej. La pêche, fortement encadrée, fournit sandres, brèmes et poissons-chats ; le caviar sauvage, jadis fleuron du delta, relève désormais de la pisciculture et de la contrebande plus que de la pêche licite.
Trois défis dominent l’agenda des gestionnaires du fleuve :
- L’étiage estival, accentué par le pompage agricole et le changement climatique, qui réduit le débit d’été et concentre la pollution.
- La qualité de l’eau, menacée par les rejets urbains et industriels, malgré des stations d’épuration renforcées depuis les années 2010.
- La continuité écologique, compromise par les barrages en cascade, qui bloquent les migrations des poissons — une raison majeure du déclin des esturgeons.
La gastronomie des rives du Don et de la Volga, de longue date tournée vers le poisson, reste d’ailleurs vivante : fumés, salaison et caviar d’élevage occupent une place centrale, comme le montre ce guide des poissons fumés et salés russes.
Conclusion : le Don, miroir du sud russe
Le fleuve Don concentre en 1 870 kilomètres toutes les strates du sud russe : steppe et forêt, cosaques et marchands, barrages soviétiques et ports en activité. De sa source discrète près de Toula au delta qui s’ouvre sur la mer d’Azov, il relie la Russie centrale au monde pontique. Pour prolonger l’exploration de cette région qu’il arrose, notre page thème Volga et Don : fleuves, canal et région propose un guide complet du cœur hydrologique de la Russie européenne.
