La Russie comptait environ 146 millions d’habitants au 1er janvier 2025 selon Rosstat, l’institut statistique national : 146 028 325 dans l’estimation préliminaire, 146 119 928 dans une compilation ultérieure de ses données. C’est le dernier chiffre officiel que nous avons pu vérifier : pour 2026, il n’existe que des estimations, dont celle de Worldometer d’après les Nations unies, environ 143,4 millions en milieu d’année. Derrière ce nombre apparemment stable se cache une réalité plus sombre : 1 222 408 naissances en 2024 contre 1 818 635 décès, soit un déficit naturel de près de 600 000 personnes, que l’immigration comble presque entièrement.

Combien d’habitants en Russie : le chiffre officiel et ses limites

Commençons par le nombre lui-même, parce que c’est la requête qui amène le plus de lecteurs sur ce sujet. Au 1er janvier 2025, l’estimation préliminaire de Rosstat, reprise par la presse russe, donnait 146 028 325 résidents ; une compilation ultérieure de ses données affiche 146 119 928, soit un écart d’une centaine de milliers de personnes entre estimation initiale et série révisée. Retenez donc l’ordre de grandeur, 146,0 à 146,1 millions, plutôt que les unités.

Deux précautions s’imposent avant de citer ce chiffre.

  • Le périmètre. Les totaux de Rosstat incluent la Crimée et Sébastopol, que la Russie a intégrées à ses statistiques après 2014 et dont l’annexion n’est pas reconnue internationalement. Un chiffre « Russie » peut donc être comparé à un autre seulement si le périmètre est identique.
  • La date. Il s’agit d’une estimation au 1er janvier, pas d’un recensement. Le dernier recensement, celui de 2021, avait compté 147,2 millions d’habitants.

Quant à 2026, Worldometer, qui s’appuie sur la révision 2024 des perspectives de la population mondiale des Nations unies, estime la population à 143 394 458 habitants en milieu d’année, avec une baisse annuelle de 0,42 %. D’autres sites qui reprennent la même source des Nations unies publient des valeurs légèrement différentes, signe que même ces estimations dépendent de la version des données utilisée. L’écart entre les deux chiffres (146,1 millions contre 143,4 millions) ne signifie pas que l’un des deux se trompe : les méthodes, les hypothèses d’immigration et le périmètre ne sont pas les mêmes. Ce magazine ne tranchera pas entre eux et vous recommande de toujours citer la source avec le chiffre.

De 1991 à 2025 : plus de trois décennies d’une population qui peine à se maintenir

Pour comprendre le chiffre actuel, il faut le replacer dans la durée. La population de la Russie a atteint un sommet d’environ 148,7 millions d’habitants en 1991, à la veille de la dissolution de l’Union soviétique, avant de reculer pendant les années 1990, une décennie de crise économique, de chute de l’espérance de vie et d’effondrement de la natalité. Elle est descendue à 142,7 millions en 2008.

La remontée qui a suivi tient en partie à l’immigration et, à partir de 2014, à l’intégration statistique de la Crimée. Les naissances, elles, ont reculé depuis : le total de 2024 est inférieur d’un tiers à celui de 2014.

Le bilan naturel, lui, est négatif depuis longtemps (notre article de 2016, mis à jour depuis, sur les mutations démographiques de la Russie en donne le contexte social). Entre 2016 et 2024, selon The Moscow Times, les décès ont dépassé les naissances de plus de 3 millions de personnes cumulées. Si la population officielle n’a pas reculé d’autant, c’est que l’arrivée de migrants a servi de variable d’ajustement.

Les naissances au plus bas depuis 1999

Le fait saillant de ces dernières années, c’est l’effondrement des naissances. En 2024, Rosstat a enregistré 1 222 408 naissances, soit 3,4 % de moins qu’en 2023 (1 264 354) et le niveau le plus bas depuis 1999. Par rapport à 2014, les naissances ont perdu un tiers de leur volume. Le taux brut de natalité tombe à 8,4 pour 1 000 habitants.

Aire de jeux désertée au pied d'immeubles de l'époque soviétique dans une ville de province russe, en automne
Une cour d’immeubles de l’ère soviétique : dans de nombreuses villes de province, les aires de jeux construites pour les générations nombreuses des années 1980 sont aujourd’hui sous-utilisées.

Le début de 2025 n’a rien arrangé. Selon les chiffres de Rosstat rapportés par The Moscow Times, 195 400 enfants sont nés en janvier et février 2025, soit 3 % de moins que sur la même période de 2024, et février seul a compté 90 500 naissances, en recul de 7,6 %. Le démographe Alexeï Raksha, cité par le même journal, estimait que le premier trimestre 2025 pourrait avoir connu le moins de naissances depuis le début du XIXe siècle. Précisons que cette appréciation repose sur ses propres estimations à partir de données préliminaires d’état civil, pas sur des chiffres officiels de Rosstat : il faut la lire comme l’avis d’un spécialiste, pas comme un fait établi.

Le recul est inégal sur le territoire. Dans les premiers mois de 2025, les baisses les plus nettes de naissances concernaient des régions de l’Ouest et du Nord : Carélie (moins 19,4 %), Arkhangelsk (moins 18,7 %), Smolensk (moins 26,6 %). Ces territoires, que notre page sur le Nord russe, la Carélie et Arkhangelsk décrit en détail, cumulent vieillissement, départ des jeunes et villages qui se vident.

La fécondité : 1,4 enfant par femme, loin du seuil de renouvellement

Les naissances baissent aussi parce que les femmes en âge d’avoir des enfants sont moins nombreuses : celles des années 1990, nées pendant la crise démographique, ont aujourd’hui entre 25 et 35 ans. Mais l’indice de fécondité baisse lui aussi. En 2024, Rosstat le situait autour de 1,4 enfant par femme, soit environ 1,41 d’après le chiffre repris par la presse. Le seuil de remplacement des générations est de 2,1. À titre de comparaison, l’Union européenne affichait 1,38 en 2023.

Pour 2025, il n’y a pas de chiffre officiel publié. Des extraits de données de Rosstat, relayés par des médias russes en janvier 2026, évoqueraient un indice d’environ 1,37. Nous le mentionnons comme une indication, faute de publication officielle que nous ayons pu consulter.

Les écarts régionaux sont considérables, comme le montre ce tableau tiré des données 2024.

TerritoireIndice de fécondité 2024Lecture
Tchétchénie2,7Le plus élevé du pays
Touva2,3République de Sibérie du Sud
Iamalo-Nénétsie1,9Autre région à fécondité haute
Altaï (république)1,8Montagnes de Sibérie
Ingouchie1,8Caucase du Nord
Mordovie0,99Parmi les plus bas
Sébastopol1,0Parmi les plus bas
Oblast de Léningrad0,89Le plus bas cité

Au total, 33 régions affichaient un indice inférieur à 1,3, pour la plupart dans les districts fédéraux du Centre et du Nord-Ouest. La carte démographique de la Russie est donc double : un Caucase du Nord et quelques territoires de Sibérie où les familles restent nombreuses, et un centre et un nord-ouest dont les naissances ne remplacent plus les générations.

Les mesures publiques pour relancer la natalité

L’État russe a fait de la natalité une priorité affichée. La principale mesure est le capital maternité, versé à la naissance des enfants : selon The Moscow Times, les montants forfaitaires vont de 690 266 à 912 162 roubles, soit environ 8 700 à 11 500 dollars à l’époque de l’article. Les dirigeants ont aussi introduit l’indice de fécondité parmi les critères d’évaluation des gouverneurs, et au moins 27 régions ont adopté des amendes pour « incitation à l’avortement ».

Les résultats, jusqu’ici, ne sont pas à la hauteur des ambitions : les naissances ont continué de baisser en 2024 et début 2025. Ce n’est pas propre à la Russie, puisque la fécondité recule dans une grande partie du monde ; les causes locales (logement, revenus en province, incertitude économique) sont souvent avancées, mais aucune des sources consultées ne les chiffre. Notre article sur les migrations internes et l’exode rural vers le sud montre comment la population se redistribue entre territoires, au profit de quelques pôles urbains.

Les décès, l’espérance de vie et le vieillissement

L’autre moitié de l’équation, ce sont les décès. En 2024, Rosstat en a compté 1 818 635, soit un taux brut de mortalité de 12,5 pour 1 000. L’espérance de vie à la naissance se situait à 73,41 ans en 2023, avec un écart de dix ans entre les femmes (78,7 ans) et les hommes (68,0 ans). Cet écart entre les sexes, l’un des plus grands des pays développés, reste une singularité russe.

Le vieillissement progresse. Au début de 2024, la population au-delà de l’âge actif comptait 34,6 millions de personnes, soit 23,7 % du total, et les projections de Rosstat prévoient que cette part passe de 24,5 % à près de 27 % d’ici 2046. Pour le marché du travail, la conséquence est directe : moins de jeunes adultes arrivent chaque année. Selon une analyse relayée par un centre de réflexion, la population masculine âgée de 20 à 29 ans a reculé de 4,6 millions, soit près de 40 %, entre 2010 et 2024. Cette donnée vient d’une source secondaire, à manier avec prudence.

Deux femmes âgées en foulard assises sur un banc devant une isba de bois dans un village russe en automne
Dans bien des villages russes, les habitants les plus âgés sont souvent les derniers résidents permanents.

Pour les retraités, notre dossier sur la retraite anticipée et les majorations du Grand Nord détaille les dispositifs qui accompagnent ce vieillissement dans les territoires isolés.

L’immigration, la variable qui masque le déficit

Si la population totale n’a diminué que de 30 861 personnes en 2024 alors que les décès dépassaient les naissances de près de 600 000, c’est grâce à l’immigration. La compilation de Rosstat que nous avons consultée donne un solde migratoire de 568 593 personnes pour 2024. Le déficit naturel de 596 227 personnes est ainsi compensé presque à l’identique.

Cette dépendance explique pourquoi les chiffres de population sont si sensibles aux hypothèses. Worldometer, d’après les Nations unies, retient un solde migratoire positif d’environ 325 000 personnes pour 2026, bien inférieur à celui de Rosstat pour 2024, ce qui contribue à leur chiffre de population plus bas. Les personnes parties à l’étranger depuis 2022 pèsent aussi dans les estimations : on cite plus de 900 000 départs au total (opposants, personnes fuyant la mobilisation, migrants économiques), mais aucun chiffre précis n’est confirmé officiellement, et les pertes humaines liées à la guerre en Ukraine sont couvertes par le secret.

Ces points rappellent qu’en démographie russe, l’estimation sérieuse dit toujours « environ » et cite sa source.

Ce que disent les projections jusqu’en 2046

Les projections de Rosstat, fondées sur le recensement, dessinent un recul progressif. Dans le scénario de base, la population atteindrait 138,8 millions en 2046, soit environ 7 millions de moins qu’aujourd’hui. Dans un scénario pessimiste, elle tomberait autour de 130 millions. Les naissances pourraient descendre vers 1,14 million par an en 2027, puis remonter à environ 1,43 million en 2045. Le nombre d’enfants et d’adolescents reculerait de 26 %, pour atteindre environ 20 millions au début des années 2040, et leur part tomberait de 18,5 % à 14,2 %.

Ces chiffres sont des projections, donc des hypothèses : une immigration soutenue, une natalité qui se redresse ou une mortalité qui recule les infirmeraient aussi bien que l’inverse. Elles servent surtout à mesurer l’ampleur des défis : écoles et maternités en surnombre dans certains territoires, pénurie de main-d’œuvre dans d’autres.

Ce que cela change dans la vie quotidienne des Russes

Ces statistiques ne restent pas abstraites. Dans les territoires qui perdent des habitants, la baisse se traduit concrètement par moins d’enfants à scolariser et davantage de personnes âgées à accompagner. Dans les grandes métropoles, à l’inverse, les arrivées de population pèsent sur les services : notre page sur la population de Moscou et de son agglomération en donne la mesure.

Pour suivre l’évolution, trois repères sont à retenir.

  • Le solde naturel, négatif d’environ 600 000 personnes par an en 2024, est le vrai indicateur de la santé démographique du pays.
  • L’immigration nette, qui masque ce solde, dépend des politiques migratoires et de la situation économique des pays voisins.
  • La disponibilité des données, qui conditionne tout : la publication régulière des naissances et des décès par Rosstat, interrompue depuis juin 2025 d’après les synthèses qui le documentent, est elle-même un enjeu.

Dans ce contexte, le lecteur sérieux gardera trois réflexes : citer une source et une date avec chaque chiffre, distinguer les données officielles des estimations indépendantes, et se méfier des totaux qui ne précisent pas leur périmètre territorial.

En résumé : ce qu’il faut retenir

La Russie compte environ 146 millions d’habitants selon Rosstat au 1er janvier 2025, et des estimations plus basses, autour de 143,4 millions pour 2026 selon Worldometer d’après les Nations unies. La natalité est à son plus bas niveau depuis 1999, avec 1,22 million de naissances en 2024 et un indice de fécondité d’environ 1,4. Le déficit naturel, de près de 600 000 personnes par an, n’est compensé que par l’immigration. Les projections officielles évoquent environ 138,8 millions en 2046 dans le scénario de base.

La question n’est donc pas seulement « combien sont-ils ? », mais « qui, où et à quel rythme ? ». Un pays dont la natalité s’effondre dans ses régions du Nord-Ouest et du Centre pendant que le Caucase du Nord reste fécond, qui vieillit et qui dépend de ses migrants, n’a pas une démographie, mais plusieurs.