L’environnement naturel de la Russie est à la fois une ressource extraordinaire et un terrain de conflits silencieux entre intérêts industriels et populations locales. Chaque été, des millions d’hectares de taïga sibérienne brûlent dans une indifférence internationale qui contraste avec l’ampleur réelle du désastre. Simultanément, les rivières de Sibérie et de l’Extrême-Orient continuent de recevoir les rejets des industries extractives — nickel à Norilsk, cyanure dans les zones aurifères de Bouriatie, hydrocarbures des zones pétrolières du nord de la Sibérie.

Les incendies de forêt sibériens ne sont pas des événements exceptionnels : ils sont structurels. Entre 5 et 30 millions d’hectares brûlent chaque année, libérant du CO2 et du méthane depuis les pergélisols en fonte. Les habitants des villages de Yakoutie et de Bouriatie vivent plusieurs semaines par été dans un air irrespirable, les enfants reclus à l’intérieur, les hôpitaux saturés de cas respiratoires. La politique russe officielle du “laisser brûler” pour les zones éloignées s’appuie sur un calcul économique qui laisse derrière elle des territoires dévastés.

La biologiste Natacha Voronova documente depuis dix-huit ans ce que les industriels préfèrent taire : la contamination des cours d’eau sibériens, les cancers dans les villages en aval des usines, les militants qui filment et publient malgré la pression de la loi sur les “agents étrangers”. Pour prolonger la réflexion sur la culture et la langue des peuples vivant dans ces territoires, voir le site de Langue-Russe.fr.